Ada Lovelace, le premier programmeur informatique était… une femme !

Lorsque l’on pense aux balbutiements de l’informatique, on pense naturellement à son invention au début du XXe siècle. On pense également à deux adolescents, Steve Jobs et Bill Gates, qui ont changé la face du monde en bricolant leurs premiers ordinateurs au fond du garage de leurs parents et qui, grâce à leurs inventions, ont permis chacun à sa manière, de démocratiser l’ordinateur personnel.

Il faut pourtant remonter au-delà de l’époque victorienne et de la révolution industrielle, dans un Londres où n’existe pas l’électricité courante – encore moins l’ampoule – dans un monde sans voitures à moteur à explosion, où l’on n’envisageait pas encore le téléphone.

C’est là que naît en 1815, Ada BYRON qui deviendra la Très Honorable Lady Augusta Ada, comtesse de Lovelace.

Elle n’a que 36 années à vivre, mais les mettra à profit pour élever ses 3 enfants, en développant parallèlement ce que l’on considère comme le premier programme informatique.

Des parents atypiques

Ada est la fille de Lord Byron, l’un des plus illustres poètes britanniques, et de Annabella Milbanke que son éphémère mari surnomme “la princesse des parrallélogrammes”.

Elle naît le 10 décembre 1815. Sa mère quitte son père en janvier 1816, Ada ne le reverra jamais.

Byron doit quitter la Grande Bretagne pour échapper aux poursuites pour relations incestueuses avec sa demi-sœur et pour fuir l’échec de son mariage et les rumeurs de tentatives de viol sur sa femme lors de ses excès alcoolisés.

Ada ne connut donc jamais de façon consciente son célèbre père.

Portrait de Lord Byron
George Gordon, Lord Byron (1788-1824)• Crédits : Ann Ronan Picture Library / Photo12AFP

Annabella, passionnée de mathématiques, trouve les meilleurs tuteurs à sa fille pour qu’elle accède à un enseignement scientifique de haute qualité, ce qui est extrêmement rare pour les femmes de cette époque. Ces “pauvres créatures” n’ayant pas – selon les hommes – les capacités intellectuelles et la résistance physique pour mener de front l’éducation des enfants et un travail mental !

Portrait de Anne Isabella Milbanke en 1812
Anne Isabella Milbanke en 1812 par George Hayter.

La rencontre avec Charles Babbage

C’est par l’intermédiaire de Mary Somerville, chercheuse scientifique renommée, que Ada rencontre Charles Babbage, le 5 juin 1833, alors qu’elle n’a que 17 ans. Le mathématicien et inventeur visionnaire de 41 ans va immédiatement prendre une place prépondérante dans le cœur et dans la vie de Ada.

Elle trouve en lui un père de substitution et celui qui va devenir – sur un plan professionnel uniquement – l’homme de sa vie. Leur collaboration est déterminante pour l’un comme pour l’autre.

Portrait de Charles Babbage en 1860.
Charles Babbage en 1860.

Une vie de famille harmonieuse

En 1835, Ada épouse William King, premier comte de Lovelace, avec qui elle aura 3 enfants : Byron né en 1836 , Annabella (Anne Blunt) née en 1837 et Ralph Gordon né en 1839.

William est un mari intelligent et respectueux de sa femme, il n’aura de cesse de l’encourager à développer ses projets scientifiques et mathématiques.

Malheureusement, Ada est dotée d’une santé fragile que ses 3 grossesses successives sollicitent à outrance. Elle doit donc se mettre en retrait de ses très chères études le temps de retrouver des forces.

La révélation

Je crois que je possède une singulière combinaison de qualités, qui semblent précisément ajustées pour me prédisposer à devenir une exploratrice des réalités cachées de la nature.

Ada LOVELACE à sa mère, 1841

Grâce à son “énergie inépuisable et insatiable”, elle pense avoir trouvé un sens à sa vie. Elle travaille à cette époque avec l’illustre mathématicien, Auguste de Morgan, que Charles Babbage lui a présenté et qui officie en tant que tuteur.

Parallèlement à sa correspondance fructueuse avec Babbage, Ada développe une confiance totale dans ses capacités en mathématiques, sous les encouragements de Morgan.

La machine analytique de Babbage

La machine analytique que Babbage ne terminera jamais est la première machine à calculer programmable dont il a envisagé la conception en 1834 et sur laquelle il travaillera jusqu’à la fin de sa vie en 1871.

Babbage a l’idée d’une machine qui établit les tables de calculs sans erreur, c’est sa “machine à différences”.

Photo de la reproduction de la machine analytique de Babbage, Londres
Reproduction de la machine analytique de Babbage, Londres

En cherchant à la programmer – on pourrait déjà parler d’intelligence artificielle – il y ajoute des cartes de métiers à tisser à Jacquard, destinées à donner des instructions à la machine qui les réalisera. C’est donc une ébauche grossière de nos ordinateurs modernes, à la différence notable qu’elle est censée fonctionner avec des roues et des engrenages mécaniques actionnés à la vapeur.

Ada et la machine de Babbage

Alors qu’Ada et Babbage se connaissent depuis longtemps, c’est pourtant un italien – Federico Luigi Menabrea – qui publie un article détaillé sur la machine analytique de Babbage, dans une parution de la Suisse francophone, donc en français. Pour la sortie dans le journal “Scientific Memoirs”, il faut une traduction anglaise. Charles Wheatstone, physicien renommé et ami d’Ada, lui demande de travailler à cette transposition.

Babbage connaît des problèmes de santé à l’époque et le travail est assuré par Ada et Wheatstone. Ce qui au départ ne doit être qu’une traduction, prend une ampleur inattendue grâce au travail acharné de Ada, mais surtout grâce à son génie !

Lorsque Babbage découvre son travail, au début de l’année 1843, il est sidéré par ses aptitudes d’analyse et par la dimension visionnaire liée à ses capacités qui lui semblent illimitées. Il l’encourage alors à enrichir le texte à l’aide de ses propres notes et conclusions.

La traduction prendra 9 mois d’échanges passionnés entre Babbage et Ada. En tout, 7 notes dont les aspects essentiels sont le fruit du travail d’Ada viennent compléter la traduction, multipliant par 3 son volume !

Le premier algorithme et le premier programme informatique d’Ada Lovelace

En utilisant des cartes perforées avec des données et des instructions en entrée et les résultats en sortie, une unité centrale (le moulin) et la mémoire de stockage (le magasin) Ada Lovelace donne le jour à l’ancêtre de l’ordinateur programmable.

Dans sa 7e note, elle écrit le premier algorithme destiné à être exécuté par la machine analytique. Son premier programme permet de calculer les nombres de Bernoulli, une suite de nombres rationnels se calculant par récurrence.

Note G de Ada Lovelace avec comme exemple les nombres de Bernouilli. 
Considéré comme le premier programme informatique.
Note G de Ada Lovelace avec comme exemple les nombres de Bernouilli.
Considéré comme le premier programme informatique.

Une machine qui ne verra jamais le jour

Le gouvernement britannique refuse de subventionner plus en avant les travaux de Babbage et Ada décide de tout faire pour pouvoir le financer, persuadée du caractère révolutionnaire de sa machine analytique.

N’étant pas d’un caractère modéré, elle se met à jouer exagérément, jusqu’à la ruine.

Parallèlement, sa santé fragile se détériore et elle développe un cancer de l’utérus qui la terrasse le 27 novembre 1852, elle n’a que 36 ans.

Conformément à ses souhaits, elle est enterrée près de son père dans le comté de Nottingham.

Charles Babbage meurt le 18 octobre 1871 sans avoir pu achever la concrétisation de sa machine. Ses dernières volontés furent celles-ci :

Une mort immédiate à condition de pouvoir passer 3 jours, 500 ans plus tard, avec un guide scientifique pouvant m’expliquer toutes les inventions apparues depuis ma mort.

Charles Babbage, ses dernières volontés

La postérité

Ada Lovelace tombe dans l’oubli, même si Alan Turing s’appuie sur ses travaux en 1930. C’est à ce mathématicien et cryptologue de génie que l’on doit ces agaçants – mais protecteurs – CAPTCHA, rétroacronyme de “capture” en anglais pour Completely Automated Public Turing test to Tell Computers and Humans Apart.

Ensuite, grâce au développement de l’informatique, Ada retrouve une certaine notoriété parmi les initiés et c’est en son hommage que le langage de programmation – conçu entre 1977 et 1983 pour le département de la Défense américain (par une équipe de CII Honeywell Bull dirigée par le français Jean Ichbiah) – sera nommé Ada.

Les plus fins observateurs remarqueront que c’est son portrait qui figure sur les hologrammes d’authentification des produits Microsoft.

Certificat d'authenticité de Microsoft
Certificat d’authenticité de Microsoft

Et voilà comment Ada Lovelace, née Byron, est considérée comme la premières programmeuse informatique de l’histoire.


Pour les curieuses et les passionnées

Envie d’en savoir plus sur Ada Lovelace et la machine analytique ? On a quelques liens qui pourraient vous intéresser 😀

Partagez avec la communauté des codeuses !

Laisser un commentaire